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Troubles dans les années 60 et Participation Politique des Femmes :

En 1965, un décret constitutionnel autorise la constitution de partis politiques et la liberté de la presse. De ce fait, un grand nombre de partis voit le jour, divisé entre monarchistes, réformateurs, démocrates, constitutionalistes républicains, gauchistes ou Marxistes-Léninistes.

L’un des partis gauchistes qui avait une branche séparée pour les femmes, le Parti Démocratique du Peuple Afghan est fondé en 1965. La branche réservée aux, la l’Organisation Démocratique des Femmes Afghanes, est fondée par six femmes éduquées de la classe moyenne et aisée. Elles défendent le changement radical pour améliorer la situation des femmes en Afghanistan. Cependant, comme le mouvement de réforme, qui était davantage une réaction à la culture traditionnelle et conservatrice qu’une solution aux problèmes sociaux, l’ODFA est fondée pour faire face à la Women’s Welfare Association (1946). La Women’s Welfare Association est une organisation apolitique, offrant enseignement et opportunités d’emploi aux femmes (Dupree 1984). Ces objectifs modérés prévoient de répondre aux besoins des femmes sans toutefois défier la domination patriarcale. Le groupe encourage l’éducation des femmes, mais ne lutte pas en faveur du droit des femmes pour choisir leur époux ; les pratiques rurales telles que le « prix de la mariée » n’est pas contesté. L’ODFA, au lieu de trouver des solutions réalistes au problème de l’inégalité des sexes, choisit d’attaquer la Women Welfare Association sous prétexte d’élitisme et d’aristocratie. Pour prouver son point de vue, l’ODFA propose l’élimination de l’analphabétisme dans le pays et l’annulation totale des mariages forcés et du prix de la mariée, qu’elle considère comme un obstacle au progrès de la femme. (Adamec, Irwin et Grassmuck 1969). Cette tâche, bien que noble, s’avère impossible à réaliser rapidement dans le cadre de la culture et société tribales Afghanes—une campagne d’alphabétisation progressive se serait probablement avérée plus efficace. Dans tous les cas, comme la plupart des partis de gauche, l’ODFA reste marginale, ne touchant effectivement qu’un petit groupe d’intellectuels (Dupree 1984).

Des opinions conservatrices gagnent de la vitesse avec l’idéologie de droite d’un théoricien politico-religieux pakistanais, Abdul Ali Maududi, un partisan du port du voile et du sexisme. Basés sur les opinions de Maududi, des leaders religieux en Afghanistan soutiennent que « le développement d’un enseignement non-traditionnel sape la moralité des jeunes et des valeurs sociales traditionnelles (Marsden 1998). Les théories de Maudidi soutiennent des notions patriarcales ancestrales de femmes représentant l’honneur de la famille, de la tribu et de la nation. Toute déviation par rapport à un comportement honorable était alors considérée comme une atteinte à l’honneur de ceux qui détenaient l’autorité (Dupree 1984), et ne pouvait être tolérée.

En 1968, les membres conservateurs du parlement proposent une loi pour interdire l’enseignement aux filles afghanes à l’étranger. En réponse à cette proposition, des centaines de femmes protestent en public- selon certaines sources, sous le leadership de l’ODFA – pour attirer l’attention du parlement sur la garantie constitutionnelle des droits égaux (Dupree 1984). En 1970, cinq mille femmes expriment dans les rues de Kaboul leur colère après que plusieurs enseignantes et étudiantes sont attaquées à l’acide par des mullahs, qui protestaient contre la preuve publique de la libération de la femme, comme les minijupes (Dupree 1984). Ces premières manifestations, qu’elles aient été mobilisées par l’ODFA ou qu’elle soit l’expression d’une colère individuelle sont la preuve d’une première prise de conscience par les femmes de leurs droits (Moghadam 1993).

Le début des années 70 et la Nouvelle République :

La prolifération de partis politiques et de publications signifient un changement socio-politique en Afghanistan. Il était clairement impossible de bloquer l’évolution politique de la société afghane à la lumière des réformes démocratiques et de la liberté d’expression grandissante. L’élite intellectuelle réclamait déjà l’abolition de la monarchie et la mise en place d’un gouvernement démocratique. En réponse, le roi Mohammad Zahir amende une clause de la constitution pour préserver sa position et satisfaire la demande publique. La clause affecte son successeur, son cousin, ex-premier ministre, Daoud Khan (1953-1963), éliminant la possibilité pour Daoud de devenir le prochain roi afghan. 

En 1973, lors d’un voyage de Mohammad Zahir en Europe, Daoud fait un coup d’Etat. L’Afghanistan devient pour la première fois une république avec Daoud qui s’était proclamé président. Au départ, Daoud montre des tendances gauchistes mais réalise rapidement que le succès de son gouvernement repose sur le soutien des conservateurs. Dans un compromis pour conserver le soutien des chefs tribaux et des leaders religieux, il accepte de régler certains problèmes spécifiques par le biais du Code Pénal (1976) et du Code Civil (1977). Le Code Pénal et le Code Civil ont suivi l’injonction constitutionnelle selon laquelle il ne peut y avoir de loi contraire aux principes élémentaires de la religion sacrée de l’Islam. (Dupree 1984). Il s’agit là d’un important recul pour les femmes, un certain nombre de décrets discriminatoires, accordant le droit des hommes au divorce, à la garde de l’enfant et à la défense de l’honneur ayant été consacrés par la loi. Enfin, les tentatives de Daoud de supprimer l’opposition, notamment les mouvements de gauche, ont abouti au renversement de son gouvernement et à sa mort en avril 1978, lorsque le Parti Démocratique du Peuple Afghan fait un coup d’Etat, souvent appelé la Révolution Saur (Gupta 1986).

Un pas en avant, deux en arrière. L’Ere communiste :

Malgré les espoirs qu’un gouvernement de gauche aiderait de manière significative le mouvement des femmes, le Parti Démocratique du Peuple Afghan et ses alliés, y compris la Russie Communiste, font très peu pour l’amélioration des conditions de la femme. D’une certaine manière, le mouvement des femmes connaît un recul durant l’ère Communiste, alors qu’il avait commencé à se développer malgré l’environnement étouffant de la société afghane, dominée par les hommes. La fin des années 60 connaît l’émergence d’une voix indépendante pour les femmes, qui a été supprimée ou subsumée par des projets nationalistes modernistes.

Au cours des premiers jours de la victoire du régime communiste, les leaders du gouvernement évoquent les droits de la femme dans leurs discours et déclarations gouvernementales officielles. Accusant les administrations précédentes de négliger le peuple Afghan, le nouveau régime annonce une campagne de démocratisation massive pour assurer l’égalité sociale, économique ainsi que l’égalité des sexes. Une série de réformes sont introduites pour changer rapidement la structure politique et sociale de la société Afghane. Basés sur le modèle Russe, des réformes agraires, la constitution de collectivités et des programmes d’alphabétisation massive sont très vite lancés. Ces réformes visent à éradiquer les démons ancestraux du féodalisme et du système patriarcal- du moins selon le gouvernement.

Dans le cadre de cette campagne nationale, l’ODFA, sous le leadership du Ministre des Affaires Sociales, Anahita Ratebzad, l’une des membres fondatrices, lance un programme universel d’alphabétisation pour les femmes ; L’Agence Nationale pour la Campagne Contre l’Analphabétisme, créée en 1969 est accusée d’avoir échoué à réaliser ses objectifs. Avec l’objectif « d’enseigner au peuple les buts de la Révolution » (Dupree 1984), le gouvernement entame des programmes pour la transformation rapide de la société – de force. Des écoles et centres d’enseignement sont créés dans tout le pays, où il est demandé aux femmes rurales et citadines de s’inscrire à des classes d’alphabétisation. Celles qui refusent de s’y rendre sont amenées de force ou taxées par le gouvernement « d’éléments anti-progressistes » (Dupree 1984 ; Moghadam 1993).

L’enseignement obligatoire pour les femmes échoue rapidement, étant donné que nombreux étaient celles qui considéraient ces classes comme une plate-forme pour la promotion de l’agenda politique socialiste du gouvernement et refusaient d’y assister. Dans les zones rurales, l’enseignement obligatoire pour les femmes rencontre une vive opposition de la part des leaders religieux, qui ont joué un rôle capital dans l’émergence du mouvement de résistance, qui s’est finalement opposé au Parti Démocratique du Peuple Afghan (Marsden 1998). Livres et papiers sont intentionnellement perdus ou détruits. Les Enseignants qui redoutent leurs supérieurs au sein du Ministère de l’Education présentent de faux rapports de présence et de progrès. Les familles, terrifiées de voir leurs filles recevoir un enseignement basé sur un système de valeur étranger, fuient vers les pays voisins (Dupree 1984 ; Marsden 1998).

Sur le front légal, la plus importante contribution du gouvernement est l’introduction du décret No.7, intitulé « Dot et Frais de Mariage » (Dupree 1984). Similaire aux décrets modernistes promulgués sous le règne de Abdur Rahman Khan, son fils et petit-fils, le document composé de six alinéas, qui devait être publié à travers le pays, vise à éliminer les pratiques du prix de la mariée, du mariage forcé et des cérémonies de mariage coûteuses. L’âge minimum du mariage est fixé à 18 ans pour les femmes et 20 ans pour les hommes. Toutefois, d’autres principes d’égale importance, tels que les droits égaux des femmes au divorce, à la garde des enfants, à l’héritage et à l’emploi ne sont pas abordés dans ce décret. L’attention et l’énergie sont focalisées sur la participation des femmes aux rassemblements et regroupements publics destinés à soutenir le gouvernement. Les écoles, facultés, services gouvernementaux et ministères organisent des marches pour manifester leur soutien au gouvernement. Les étudiants de l’enseignement supérieur sont encouragés à participer à des programmes de danse, de chant et de théâtre, souvent diffusés à la télévision nationale. Les médias contrôlés par l’Etat continuent de présenter les femmes comme des acteurs importants du changement social ; des interviews de femmes, membres du Parti Démocratique du Peuple Afghan ainsi que de femmes ayant participé à la promotion de la cause de la révolution sont régulièrement diffusées (Dupree 1984 ; Gupta 1986).

Toutes ces activités pro-gouvernementales élargissent l’écart idéologique existant, créent une fissure supplémentaire au sein d’une nation déjà divisée et augmentent la tension entre des éléments modernes et conservateurs. Lorsque des femmes apparaissent à la télévision en tant qu’actrices, danseuses ou chanteuses , cela ne fait que renforcer les croyances des conservateurs selon lesquelles l’éducation des femmes conduit à l’anarchie sexuelle et provoquer la colère au sein des familles modérées, dont la plupart interdisent à leurs filles d’aller à l’école (Magnus, Naby 1998). En raison de la présence d’un grand nombre de soldats russes les parents ont peur que l’honneur et l’intégrité de leurs filles soient en danger. En bref, le rêve de l’Organisation Démocratique des Femmes Afghanes – de transformer du jour au lendemain une société traditionnelle complexe en une nation socialiste moderne et organisée– s’écroule. Les Afghans se méfient de plus en plus du projet de modernisation.

L’augmentation de la main d’œuvre féminine est la conséquence indirecte de l’agenda communiste. Avec une majorité d’hommes âgés entre 16 et 40 ans enrôlés dans l’armée et un nombre considérable avec les forces d’opposition, connues sous le nom de Moudjahidines (combattants de Dieu), les femmes sont obligées de les remplacer. Les hommes étant absents, les femmes doivent subvenir aux besoins de leurs familles. Les familles de ceux qui étaient dans l’armée reçoivent des indemnités, mais avec une inflation galopante et le prix élevé des produits alimentaires, ces indemnités se révèlent souvent insuffisantes. En plus des professionnelles, qui avaient déjà un emploi, des femmes avec peu ou sans éducation commencent à travailler en masse dans des usines, hôpitaux, écoles, hôtels, restaurants, maisons d’édition et différentes institutions gouvernementales comme secrétaires, domestiques, cuisinières, ouvrières et gardes. Avec le conflit armé qui s’intensifiait entre les Moudjahidines et le gouvernement et qui engageaient les hommes dans des activités militaires, de plus en plus de citadines commencent à travailler hors du domicile ; pour la première fois, de nombreuses femmes afghanes prennent conscience de leurs nouvelles capacités et de plus grandes possibilités, étant donné que leur monde s’étend hors de la sphère privée (Moghadam 1993 ; communications personnelles).

En 1986, l’Organisation Démocratique des Femmes Afghanes change de dénomination, est appelée le All-Afghan Women’s Council, et remplace ses méthodes révolutionnaires avec une approche plus progressive et subtile. Mais, sa popularité a déjà baissé, et alors que de nombreuses femmes continuent de bénéficier des services sociaux- santé, formation et enseignement- offerts par l’organisation, elles hésitent à revendiquer leur appartenance à l’organisation (Moghadam 1993).
Inversement, les forces Moudjahidines de l’opposition de plus en plus implantées étendent leur influence et recrutent des femmes à travers le pays (Dupree 1984). Et même avant la campagne de recrutement des Moudjahidines – en 1980 – un groupe d’étudiantes refuse de participer au deuxième anniversaire de la Révolution Saur et lance des slogans anti-gouvernementaux ainsi qu’une volée de briques et de pierres. Soixante dix personnes sont tuées au cours de cette émeute qui a été suivie par de massives protestations anti-gouvernementales à travers le pays (Dupree 1984). Les femmes – dont un grand nombre a été arrêté et emprisonné – ont également joué un rôle politique et organisationnel important dans les protestations estudiantines anti-gouvernementales à l’Université de Kaboul et dans les établissements d’enseignement secondaire de la ville (Dupree 1984).

La réaction: le Gouvernement des Moudjahidines

Tout le long des années 80, les voix des femmes ont été entendues et leurs sentiments exprimés dans le cadre du conflit croissant entre forces pro et anti-gouvernementales. En avril 1992, le régime communiste est remplacé par une coalition de groupes Moudjahidines qui forme la nouvelle République Islamique d’Afghanistan. Mais l’échec de ces groupes à partager le pouvoir conduit à une guerre civile. Entre 1992 et 1996, la ville de Kaboul est transformée en champ de bataille, où Tajik, Pashtoun et Hazaras se combattent violemment. La guerre a des effets catastrophiques sur la situation des femmes en Afghanistan.

Le nouveau gouvernement Moudjahidine rend le Hijab obligatoire pour les femmes. Alors que les femmes pouvaient continuer à travailler, avec la poursuite de cette guerre ethnique, la situation se détériore : pour la première fois, les femmes sont utilisées comme une arme. De nombreuses femmes Hazaras sont torturées et utilisées comme esclaves sexuelles par les guerriers Pashtouns ; Par vengeance, les guerriers Hazaras violent un groupe de femmes Pashtouns sans défenses, coupant leurs poitrines pour outrager l’ennemi. Les Tadjiks – membres du parti Jami’hit au pouvoir – sont accusés par les deux parties d’assister si ce n’est de participer directement au viol et à la torture de femmes. Jusqu'à ce jour, les femmes étaient respectées, même si de manière superficielle. La plupart des Afghans affirment que le fait que l’honneur de leur pays réside dans l’honneur de leurs femmes, la culture afghane tient les femmes en haute estime. Ces incidents de conflit ethnique – où les femmes sont les plus malchanceuses si ce n’est les seules victimes – marquent un nouveau précédent dans l’histoire. Alors que dans le passé les femmes étaient échangées en mariage entre les tribus pour éviter des combats, elles sont aujourd’hui des objets de violence – des armes et victimes d’une guerre sanglante.

L’Histoire répétée : les femmes et les Taliban

En réaction aux réformes agressives du gouvernement communiste et aux échecs successifs de l’administration Moudjahidine à rétablir la paix et la sécurité – et protéger la dignité des femmes – les Talibans deviennent le véhicule des conservateurs qui pleurent l’honneur perdu de la Nation. Les femmes, symboles de cet honneur se retrouvent une fois de plus dans une situation des plus désavantageuses et vulnérables. Que ce soit à travers des préoccupations patriarcales sincères ou de la manipulation politique délibérée, les politiques des Talibans privent les femmes du peu qu’elles avaient acquis au cours d’un long et tumultueux combat.

Depuis leur arrivée à Kaboul en septembre 1996, les Talibans entament une campagne puritaine d’ordre, qu’ils justifient par leur propre interprétation de l’Islam. L’intégrité de la femme devient la principale obsession des Talibans. Les femmes sont ordonnées de rester chez elles, elles n’ont pas le droit d’aller à l’école, de travailler, de fréquenter des bains publiques ou de recevoir des soins médicaux dans des hôpitaux. Elles doivent rester couvertes de la tête aux pieds par un burqa ou Tchadri – un vêtement enveloppant avec un petit filet pour les yeux –et être accompagnées par un parent de sexe masculin si elles s’aventurent hors de chez elles (Loyn 1996). Tous ces décrets Talibans sont prétendument conformes aux normes « traditionnelles ».

Cependant, ironiquement, alors que les femmes des zones rurales et nomades n’étaient généralement pas autorisées à travailler de par la coutume et les traditions, il n’était pas de leurs coutumes de porter le Tchadri ou burqa. Les femmes des régions rurales et nomades portaient des voiles de couleurs vives aux motifs caractéristiques, certains très brodés, en soie avec un assortiment de petits miroirs et drapés sur la tête (Maley 1998) et pouvaient recouvrir leur visage, par pudeur. Le design, la couleur et l’ornementation de ces voiles permettaient de savoir à quelle communauté appartenait la femme, avec des motifs uniques pour chaque femme (cf Maley 1998). Le Tchadri était en fait, historiquement un phénomène urbain. Dans le passé, les femmes rurales et traditionnelles portaient le tchadri uniquement lorsqu’elles se rendaient dans des villes pour visiter des parents ou si leurs maris étaient éduqués ou occupaient un poste au sein du gouvernement. Dans de pareils cas, les femmes portaient le tchadri comme un symbole de statut et de sophistication. En fait, le tchadri reflétait un pont entre deux séries de normes : la modestie et familiarité du village et l’anonymat séculier de la ville. Au sein des communautés tribales, les femmes se déplaçaient librement entre le champ et la maison, ne craignaient pas pour leur sécurité et ne devaient pas se couvrir le visage, étant donné que l’honneur de n’importe qu’elle femme du village était perçu comme étant celui de toute la communauté. C’est seulement dans l’environnement urbain, relativement hostile et étranger que la préoccupation de l’homme pour la sécurité et l’honneur des femmes est née. Ainsi des femmes rurales, qui dans leur village se couvraient à peine les cheveux avec leur voile de couleurs vives, revêtent le tchadri pour se rendre en ville. Paradoxalement, les femmes élevées dans les villes n’ont jamais porté le tchadri; C’est seulement en 1930 que des femmes adoptent un petit voile par pudeur.

Dans le passé, les femmes rurales – plutôt que leurs compatriote urbaines – étaient généralement accompagnées par leur mari ou proche parents de sexe masculin pour se rendre en ville, souvent parce que la ville leur était étrangère mais aussi parce qu’une femme non accompagnée à moins de prestige (Maley 1998). Cependant, aujourd’hui sous le régime des Talibans, chaque femme doit être accompagnée par un homme, membre de la famille, lorsqu’elle quitte son domicile. Il s’agit là de quelques exemples de la détérioration drastique des droits humains et des droits de la femme sous le règne des Talibans .

Les Talibans cherchent à réaliser ce qu’aucun de leurs prédécesseurs n’a réussi à faire : la création d’une nation réellement unifiée dans un pays de diversité ethnique, linguistique et culturelle. Les lois des Talibans sont rigoureusement appliquées, les violations brutalement sanctionnées.


La campagne de « moralité » des Taliban a plus fortement affecté les centres urbains. Les femmes de Kaboul - dont la plupart ne sont pas habituées au tchadri – ont mis du temps à suivre les instructions des Taliban et plusieurs femmes sont arrêtées et battues en public par la police de moralité des Taliban. Plusieurs femmes sont battues parce-que leur tchadri n’est pas assez long or parce-qu’elle portent des chaussettes blanches, la couleur du drapeau Taliban. Ironiquement, toutes ces mesures sont prises, pour le maintien de leur « intégrité », leur sécurité et l’honneur de la nation (Burns 1997.) 

La réaction des femmes en Afghanistan 

Alors que le traitement infligé par les Taliban aux femmes suscite l’outrage des Afghans et des non Afghans, en Afghanistan ou ailleurs , celles qui vivent sous le régime font de leur mieux pour survivre. A l’instar des femmes d’Iran qui se sont trouvées forcées de se conformer au Code de Pudeur de la République Islamique en 1979, qui imposait de se couvrir de la tête aux pieds, certaines femmes afghanes acceptent le burqa. Si les femmes iraniennes n’ont jamais été interdites (ou même découragées) de travail ou d’éducation, la mobilité des femmes afghanes a été réduite totalement. Le personnel féminin employé par les agences d’aide internationales est autorisé périodiquement à se rendre au travail « en fonction de l’humeur du gouvernement » comme le dit l’une des employées (communications personnelles.) Plusieurs autres ont quitté pour d’autres pays voisins. 

D’autres femmes, frustrées sous leur tchadri, protestent contre les lois des Taliban dans les villes de Quandahar (près de 150 femmes), Mazar-e-Sharif et Herat (près de 50 femmes.) A Herat, les manifestations ont mal tourné et au moins vingt femmes ont été arrêtées et plusieurs autres hospitalisées après avoir été cruellement battues. Mais pour la plupart, les tensions restent contenues sous le burqa, bien qu’au prix de la santé mentale des femmes, notamment celles qui ne sont pas habituées au tchadri. Le stress et le désespoir sont à l’origine du taux élevé de suicides parmi les femmes afghanes (Maley 1998.) 

Certaines citadines se sont appropriées le tchadri pour s’exprimer à leur manière. Contrairement aux intentions ou des autorités Taliban et sans leur consentement, les femmes façonnent des tchadri en soie naturelle ou artificielle, qui brillent et ondulent avec un certain mystère (Maley 1998.) A Jalalabad, « l’orange brûlé et le vert sont à la mode; plusieurs teintes claires de bleu agrémenté d’un jaune canari quelquefois se déplacent avec légèreté dans les rues de Kaboul » (Maley 1998.) Reste à savoir si cela constitue une déclaration politique de la résistance féminine ou une capitulation devant le rôle qui leur a été imposé. En se rendant attirantes « sous couvert », ces femmes ne feraient en fait que réaliser les attentes des Taliban, à savoir, affirmer leur précieuse féminité uniquement au sein des murs de leur maison. 

La réaction des femmes à l’étranger 

A l’étranger, les mouvements des femmes afghanes continuent de défier la structure patriarcale et défendre les droits des femmes. Toutefois, leurs groupes restent fragmentés et éparpillés. Des organisations telles que l’Association Révolutionnaire des Femmes d’Afghanistan (RAWA) et Shuhada continuent de défendre la cause des femmes sans s’entraider directement, bien que ces deux associations soient basées dans la ville de Quetta au Pakistan. 
Bien que leur impact sur le terrain soit limité, ces groupes ont contribué à maintenir le combat en faveur des femmes afghanes. Le 28 avril 1999, la RAWA organise un rassemblement devant les bureaux des Nations Unies au Pakistan réclamant aux Nations Unies d’améliorer les conditions des femmes afghanes sous le régime des Taliban (RAWA 1999.) Au cours d’une manifestation organisée par cette même association le 21 décembre 2000 à Islamabad, des femmes afghanes protestant contre les violations des droits de l’homme et la discrimination à l’égard femmes par les Taliban ont lancé des pierres contre des groupes religieux pakistanais soutenant les Taliban. Les manifestants se sont heurtés à la police pakistanaise, qui a lancé des gaz lacrymogènes et battu les femmes avec des bâtons à bouts en acier (Associated Press, 2000.)

Quelques enseignantes originaires de Kaboul ont ouvert trois écoles privées à Islamabad. Sans aucune aide des organisations non gouvernementales ou des associations des femmes afghanes, elles offrent un enseignement aux enfants afghans – filles et garçons âgés de 7 à 20 ans – en contrepartie d’un dollar par mois. « C’est notre manière de résister au Taliban qui ont privé les femmes de travail et d’éducation » indique l’une des femmes membre du Conseil d’Administration, qui a souhaité garder l’anonymat pour des raisons de sécurité. 

Conclusion: 

Au début du 20ème siècle, des réformateurs comme Abdur Rahman Khan et Habibullah Khan ont lutté pour les droits des femmes afghanes. Les réformes introduites par les gouvernements précédents – qui ont encouragé l’éducation des femmes, la liberté de mouvement et les droits légaux – étaient basées sur des modèles importés de pays étrangers. La culture urbaine qui s’est développée durant la première moitié du 20ème siècle est restée faible alors que l’Afghanistan rural, largement traditionnel et tribal, s’est renforcé et devenu plus résistant face au changement imposé par des monarques basés dans les villes. Malgré le soutien extérieur militaire dont bénéficient les Taliban, ces derniers représentent un aspect de la culture tribale afghane qui a toujours existé. Le gouvernement Taliban prive aujourd’hui les femmes d’éducation, limite leur liberté de mouvement et abolit les droits des femmes – ce qui semble être ce que les conservateurs ont toujours voulu. Les actes des Taliban montrent les éléments régressifs de la culture tribale afghane, mais non de l’ensemble de la société. 

Au début de 21ème siècle, les citadines afghanes, dont le nombre reste limité, réclament elles-mêmes leurs droits – luttant pour acquérir ce qu’il leur revient à juste titre plutôt que d’attendre que les droits humains fondamentaux leur soient « accordés » comme un privilège. Des familles afghanes quittent l’Afghanistan pour des pays voisins comme l’Iran ou le Pakistan pour offrir une éducation à leurs filles. Si des familles afghanes ont longtemps fui leur pays du fait de la guerre ou de la famine depuis 1979, assurer une éducation à leurs enfants est aujourd’hui une raison de plus qui les contraint à fuir. Les Taliban imposent leurs lois à une société qui s’oriente vers une urbanisation. Reste à savoir si le développement de la société urbaine pourra surmonter le pouvoir de la culture tribale; les optimistes verront là les premiers signes du développement d’une société civile afghane. 



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